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Mémoires du célèbre nain Joseph Boruwlaski, gentilhomme polonais

 

Mémoires du célèbre nain Joseph Boruwlaski, gentilhomme polonais – Éditions Flammarion 2008

Sous le surnom de Joujou, Joseph Boruwlaski connut un destin hors du commun : né en 1739 en Pologne et mort en Angleterre en 1837 à l’âge exceptionnel de 98 ans, cet homme de petite taille (trois pieds trois pouces, soit quatre-vingt-dix-neuf centimètres à l’âge adulte) passa la première partie de sa vie à distraire et égayer la haute aristocratie des cours d’Europe où sa protectrice, la comtesse Humieska, le promenait tout à fait comme on ferait d’un petit animal curieux et savant. Mais lorsque Joseph s’éprend sincèrement d’une jolie femme française et se met à faire des projets de mariage et de vie « normale », les masques tombent et la cruauté sociale que recouvrait l’engouement attendri apparaît au grand jour : puisqu’il s’obstine à vouloir vivre sa vraie vie d’homme, le joujou humain est chassé sans ménagement et condamné à une errance à travers l’Europe où il tâchera, à grand peine et grâce à ses talents multiples, de séduire à nouveau, mais pour son propre compte et pour faire vivre sa famille, les grands seigneurs qui l’avaient gâté de leur faveur lors de ses premiers voyages. Retiré finalement en Angleterre et après s’être produit lui-même avec des succès divers, il finit paisiblement ses jours dans la petite ville de Durham où il fait encore figure de célébrité locale.

Au-delà de leur caractère romanesque et de leur intérêt historique et documentaire inestimable, les mémoires de Joujou posent un ensemble de questions pleines d’actualité sur l’insertion sociale des personnes « anormales » et la fragilité des mécanismes qui, aujourd’hui comme hier, leur permettent d’acheter leur place dans la société. Les mémoires elles-mêmes, écrites dans un français parfait et dans un but explicitement alimentaire disent toutes les ambiguïtés et les complexités d’une vie passée entre l’obligation de séduire et le courage d’exister par soi-même :

« On se tromperait cependant beaucoup, écrit-il page 23, si l’on s’imaginait que, séduit par les bontés qu’on avait pour moi et uniquement occupé des plaisirs qu’on me procurait, je n’éprouvasse pas quelquefois des sentiments pénibles et que je pusse me dissimuler toujours que, au fond, je n’étais aux yeux des autres qu’une poupée un peu plus parfaite à la vérité et un peu mieux organisée qu’elles ne le sont ordinairement et qu’on ne me regardait que comme un jouet ». Un jouet dont on eut un jour beaucoup de mal à persuader une fillette qui suppliait son père de le lui acheter « qu’on ne pouvait pas faire l’acquisition du petit homme comme d’une poupée » (page 86).

 

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